La hiérarchie des urgences

Ce que Luis Enrique a compris avant nous

Si le foot ne vous parle pas, restez quand même !

Le sport de haut niveau est le laboratoire le plus honnête qu’on puisse étudier : pression publique permanente, résultats mesurables au match près, et un environnement où le bullshit ne survit pas une saison.

Mêmes mécaniques de décision qu'en entreprise. En plus rapide. En plus exposé.

Mercredi dernier, à Munich, Matvey Safonov, le gardien du PSG, a envoyé sept ballons sur onze directement en touche depuis ses six mètres.

Malgré l'enjeu unique du match, personne n'a levé les bras. Personne ne s'est excusé.

Au cinquième renvoi, le doute n'est plus permis : c'est une consigne. Le PSG, qui a fait de la possession son dogme depuis trois ans, a passé 90 minutes à offrir volontairement le ballon à l'adversaire. Et s'est qualifié pour sa deuxième finale d'affilée.

C'est une décision étrange. Un coach demande à son gardien de viser la tribune pour fixer une zone de pressing. Du rugby dans un sport qui ne le pratique pas. Personne ne fait ça à ce niveau.

En deux ans et demi à Paris, Luis Enrique a accumulé ce genre de décisions.

Il a écarté "Gigio" Donnarumma à 26 ans, qu'il avait lui-même qualifié de « titan » quelques mois plus tôt après la demi-finale gagnée à Arsenal, et qui sera élu meilleur gardien du monde au Ballon d'Or quelques semaines après son éviction.

Il a recruté le français Lucas Chevalier pour 40 millions d'euros, puis l'a sorti à mi-saison pour Safonov.

Il a recadré son taulier Kylian Mbappé dans un dialogue qui a fuité dans un documentaire : « Michael Jordan attrapait ses coéquipiers par les couilles et défendait comme un fils de pute » sans jamais s'excuser de la brutalité du propos. Et c'est cette agressivité qu'on a retrouvée dans les yeux de son nouveau chouchou Ousmane Dembélé en finale de Ligue des Champions.

Il a cité Nadal en conférence d'avant-match pour expliquer qu'on n'écrase pas une équipe meilleure que soi : on s'en sert pour grandir.

Beaucoup de ses décisions sont impopulaires au moment où il les prend. Presque aucune ne passerait les arbitrages mous et consensuels d'un comité.

Le résultat parle : une finale gagnée en 2025, une autre en jeu le 30 mai à Budapest, et la perspective d'un doublé historique pour une équipe française.

La question qui m’intéresse : comment fait-on pour prendre une décision comme celle-ci quand tout le monde hurle le contraire


Mon intuition, et je la formule comme une hypothèse : Luis Enrique a perdu sa fille Xana en 2019, à l'âge de neuf ans, d'un cancer des os.
Il en parle souvent, il a quitté la sélection espagnole pour rester à son chevet, il dit qu'il se considère chanceux d'avoir eu cette enfant neuf ans.

Quand on a vécu ça, la hiérarchie des urgences se reconfigure définitivement.

Et même s'il était déjà une icône avant cette épreuve terrible, on ne peut que remarquer à quel point il en est sorti plus fort.

Le jugement médiatique sur un choix de gardien n'est plus une variable. La pression d'un président qui veut conserver sa star ne pèse plus. La crainte d'un vestiaire qui ne comprend pas la consigne du moment ne compte plus.

Il reste une chose : la décision juste pour le projet. Tout le reste devient du bruit.

Je ne dis pas qu'il faut perdre un enfant pour décider correctement. Je remarque que les meilleurs décideurs que j'ai rencontrés partagent un point commun : ils ont une chose qui leur tient suffisamment à cœur pour rendre tout le reste relatif.

Pas une vision : une hiérarchie.

Le panache, c'est le courage de quelqu'un qui ne sait pas encore ce qui compte. Le vrai courage est une décision logique pour celui qui le sait.

Si vous hésitez à écarter un collaborateur que toute l'équipe aime, à tuer un produit qui fonctionne moyennement mais qui rassure, à imposer une stratégie que personne ne validera avant 18 mois, le problème n'est pas le courage. Le problème est l'échelle.

Trois questions à garder sous la main avant chaque décision qui compte :

Cette décision sert-elle ce que je construis à 18 mois, ou ce qui me rassure ce trimestre ?

Ai-je regardé la situation en face, ou ai-je juste appliqué le plan auquel je suis attaché ?

Si toute la pression extérieure disparaissait demain, quelle décision prendrais-je sans hésiter ?

Si les trois réponses ne convergent pas, ce n'est pas la décision qu'il faut revoir. C'est la hiérarchie.

Le 30 mai à Budapest, on saura si Luis Enrique a eu raison une fois de plus. Mais quoi qu'il arrive, la leçon est déjà donnée : la liberté de bien décider commence par savoir ce qui ne nous fera pas tomber.


> GDIY : #537 - Eloa Guillotin - Beyond Aero - Construire l’avion (propre) de demain

1,5 milliard de dollars de précommandes. Un premier avion à hydrogène qui a volé avec un pilote à bord. Et un objectif de commercialisation en 2029 dans une industrie où les programmes prennent des dizaines d'années.

Eloa Guillotin a co-fondé Beyond Aero à moins de 30 ans avec une conviction que beaucoup jugeaient naïve.

Elle avait raison.

Un épisode rare avec une fondatrice qui joue sur un temps long que presque personne n'ose regarder.


> GDIY : #538 - Sébastien Tellier - Artiste - “Ma vraie carrière commence maintenant”

À 13 ans, les Pink Floyd avec son père. À 22 ans, son premier single dans un film de Sofia Coppola.

Entre les deux, et après, un chaos assumé. Des concerts ivre. Un ami envoyé sur scène à sa place. Un show refait une deuxième fois parce que c'était pas assez bien.

Sébastien Tellier a signé des morceaux que toute une génération connaît par cœur. Et à 50 ans, il dit une phrase qu'on n'attend pas : « Ma vraie carrière commence maintenant. »

Un épisode lumineux, touchant, et un peu wtf. Comme lui.


> GDIY : #539 - Loïc Hecht - Auteur de « La simulation » - Dix ans d’enquête sur l’hypothèse qui bouleverse la Silicon Valley

Est-ce que le monde tel qu'on le vit est vraiment réel ?

C'est la question qui obsède Sam Altman, Elon Musk et les plus grands cerveaux de la Silicon Valley depuis 15 ans. Loïc Hecht a passé 10 ans à y répondre : des labos de Palo Alto aux temples bouddhistes indiens.

Sa conclusion : il est aujourd'hui impossible de réfuter l'hypothèse de la simulation avec certitude.

Vous ne sortirez pas intact de cet épisode.


> CCG : #69 - Combien ça gagne un joueur de poker professionnel - Benjamin Pollak

13 millions de dollars de gains officiels. Et une année à -800 000€.

Benjamin Pollak est numéro 1 français de poker, top 5 mondial. Il démonte tout dans cet épisode : le vrai modèle éco d'un joueur pro, la fiscalité, la triche, et pourquoi 13 millions de chiffre d'affaires ne veulent pas dire 13 millions dans la poche.

Et il raconte le fold qui lui a rapporté 3,5 millions, là où 99% des joueurs se seraient fait éliminer.

Fascinant.


> FLEURONS : HERMES

189 ans. 40,5% de marge opérationnelle. Et quand la demande explose, ils ralentissent volontairement la production.

J'ai passé du temps dans cette histoire pour le dernier épisode de Fleurons. Et honnêtement, ça m'a forcé à repenser tout ce qu'on croit savoir sur la croissance.

Dans un monde qui veut tout scaler plus vite, Hermès forme ses artisans pendant 18 mois avant qu'ils touchent un sac fini. Chaque sac porte le poinçon de celui qui l'a fait.

Et ils écrasent tout le monde.


> La Martingale : Comment réduire sa facture d'électricité de 50% avec le solaire ?

Panneaux solaires, batterie, voiture électrique : ce combo basé sur l’énergie solaire peut diviser votre facture d’énergie par deux. Encore faut-il bien s’y prendre.

Benjamin Barnathan est cofondateur de Solarock, spécialiste de l’installation solaire en France. À mon micro, il nous éclaire sur la rentabilité des investissements dans l’énergie solaire.


Moi, ce qui m'obsède depuis toujours, c'est de comprendre comment on construit des machines qui tournent.

Et le Club Med, mon partenaire, c'est exactement ça.

On voit tous le résultat : les vacances parfaites. Personne ne voit ce qu'il y a derrière.

Ils ont ouvert leurs coulisses pour la première fois dans une série documentaire : Dream Makers – Créateurs de Bonheur. Des candidats du monde entier sous pression pour devenir chef de village. La création de nouveaux resorts en Afrique du Sud, en Oman.

Tout à imaginer, construire, orchestrer.

Le bonheur au Club Med, c'est pas du hasard. C'est designé, pensé, piloté.

Si vous aimez comprendre comment on construit des organisations qui cartonnent, allez voir ça.

Dispo sur Prime Video.


Le Magma de la semaine :  Construire un business AI-first

Comment se différencier quand l’IA permet à n’importe qui de pondre un produit en 48h ?

Peut-on devenir millionnaire plus facilement avec le vibe-coding ?

Animé par Christopher Ciminelli, le dernier Magma Talk où interviennent Pierre Gaubil, CEO de ScoreJam, Adrien de Volontat, fondateur de Crawlers.fr, et Esther Moisy-Kirschbaum, Head of Content de Magma, est disponible en replay sur le site : https://bit.ly/MS-lkd


> Recos de la semaine

#Youtube : « Si vous avez besoin de faire disparaître un corps mais que vous n'avez plus la marche à suivre en tête… ». Louis, notre responsable développement, vous recommande cette vidéo du Youtuber EGO (qu’on adore tous dans l’équipe). Le storytelling est dingue, le sujet est aussi fascinant que bizarre. Lancez-la sans rien savoir. C'est mieux comme ça.

#IA : Un mec seul, 8 millions d'images. 45 jours pour localiser les positions du Charles de Gaulle depuis l'espace. Le Youtuber “Defend Intelligence” l'a fait. Et si lui peut le faire seul, imaginez ce que des États et des entreprises privées font déjà. Cette vidéo change ce qu'on croit savoir sur la surveillance, l'IA et le monde dans lequel on vit vraiment.

#Coworking : Six postes se libèrent au Bureau71 (71 rue de Saussure, Paris 17e). Écosystème dense, places rares. Côté Bordeaux, le coworking Villa Maria (Caudéran) ouvre quelques postes à partir de juin et juillet, avec la possibilité rare de privatiser une pièce dédiée pour 3 à 4 postes. Premier arrivé, premier servi.

Si vous voulez bosser entouré de gens qui avancent, c'est maintenant.

#OVNI : Damien Garros était l’un des tout premier invité, épisode 13. 100 épisodes plus tard, il revient avec une Série A de 12 millions. Ce que j'aime chez lui : pas de bruit, pas de hype. Juste une pensée affûtée et une exécution solide. Le genre de fondateur qu'on a envie de suivre sur le long terme. Et clairement, 100 épisodes plus tard, on ne regrette pas d'avoir misé tôt.

#Fusée : Une dernière vidéo pour ce long week-end ! Reco de notre Head of Video, Axel : Des passionnés qui reconstruisent la Diamant, la fusée qui a mis la France dans l'espace en 1965, en partenariat avec le CNES. Cette vidéo va bien au-delà du projet. Elle explique tout ce qu'on ne voit jamais : les réglementations pour faire voler une fusée amateur, les enjeux de sécurité, ce qui se passe quand ça explose sur le pas de tir. Do It Yourself, version spatiale.

Matt/

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Par Matt Stefani