Le clavier QWERTY a été inventé en 1873 pour ralentir les dactylos*
Les « tiges mécaniques » derrière les touches des premières machines à écrire se bloquaient quand on tapait trop vite.
Alors on a disposé les lettres pour forcer les doigts à se croiser, à hésiter, à ne pas percuter deux touches adjacentes au même instant.
Le problème technique a été résolu depuis longtemps.
Le clavier, lui, n'a pas bougé.
On a gardé la contrainte (ralentir) et on a oublié la raison.
J'aurais pu en rester là, c’est une anecdote sympa.
Mais depuis quelques mois, je la vois partout, et elle me travaille d'une façon que je n'avais pas vraiment anticipée.
Pendant 150 ans, c'est l'humain qui a appris à parler la langue de la machine.
Le web entier est construit sur du texte.
Google a indexé trente ans d'internet en lisant des mots.
Les formulaires, les recherches, les emails, les commandes, les prompts : tout passe par l'écrit, comme si c'était une évidence, comme si ça ne pouvait pas être autrement.
Sauf que l'écriture n'est pas un langage naturel.
C'est une technologie que les enfants mettent des années à apprendre et qui s'oublie si on ne la pratique pas.
La parole, elle, s'apprend en 18 mois.
On a construit toute l'architecture numérique du monde sur la deuxième langue de l'humain, et personne ne s’est vraiment demandé pourquoi.
Ce que j'ai mis plus longtemps à voir, c'est la conséquence directe sur nos vies physiques.
L'open space est une réponse à l'écran.
On s'est mis côte à côte devant des rectangles lumineux, on s'envoie des emails à trois mètres de distance, on planifie des réunions Zoom avec des gens assis dans la même pièce.
On a dessiné nos bureaux, nos journées, nos villes entières
Et la question qui m'occupe depuis, celle à laquelle je n'ai pas encore de réponse claire, c'est : qu'est-ce qui reste si l'écran disparaît ?
J'utilise Wispr Flow depuis plusieurs mois maintenant, et c'est peut-être la première fois depuis longtemps qu'un outil change vraiment quelque chose à ma façon de penser plutôt qu'à ma façon de travailler.
Je parle à mon téléphone dans la rue, dans les taxis, entre deux réunions.
Je dicte mes emails, mes notes, mes idées.
Je travaillais 30 % du temps sur mon téléphone il y a un an. C'est l'inverse aujourd'hui, et ce n'est pas un détail de confort.
La vitesse de la pensée et la vitesse de la parole sont proches.
Même si l’écriture a parfois l’avantage de poser la réflexion et le style, comme quand j’écris cette newsletter, la vitesse du clavier est presque toujours un goulot d'étranglement.
Le genre qu'on ne remarque pas parce qu'on l'a toujours connu.
Je m’en rends compte d’autant plus depuis que je me suis fait opérer de l’épaule mercredi et que je tape tout à une main.
Mais ce que je vis avec ces outils n'est que le tout début, et de très loin.
J'ai reçu il y a quelques semaines Mati Staniszewski, le cofondateur d'ElevenLabs, et la conversation m'a laissé dans un état assez particulier, cet état où vous rentrez chez vous et vous continuez à retourner des choses dans votre tête sans vraiment pouvoir passer à autre chose.
ElevenLabs a quatre ans aujourd’hui, pèse plus de 11 milliards de dollars, et a commencé avec un seul modèle : transformer du texte en voix humaine.
Aujourd'hui, c'est une plateforme complète : voix vers texte, traduction avec conservation de la voix originale, agents capables d'interrompre et d'être interrompus comme dans une vraie discussion.
Ce qu'il m'a dit, et que je retourne encore dans ma tête, c'est que pendant toute l'histoire de l'informatique, c'est l'humain qui a appris la langue de la machine : le clavier pour taper plus vite, les langages de code pour parler aux ordinateurs, les interfaces pour les rendre accessibles.
Eux essayent de faire l’exact opposé : remettre la machine dans la langue de l'humain, et non plus l'humain dans la langue de la machine.
Il a une ambition précise : passer le test de Turing pour la conversation vocale, le moment où vous ne savez plus si vous parlez à un humain ou à une machine. Il pense que c'est dans les 6 à 12 prochains mois, ce qui, quand il le dit avec ce calme et cette précision, ne semble pas du tout exagéré.
Quand j’ai demandé à Mati ce qui l'obsédait vraiment, au fond, il n'a pas parlé de valorisation ni de parts de marché : il a parlé des écrans.
Du fait qu'on marche dans la rue en regardant en bas, qu'on dîne en regardant en bas, et que si son entreprise pouvait contribuer à remettre les écrans en arrière-plan, dans la poche ou dans une oreillette, pour recommencer à regarder les gens en face de nous, ce serait une réussite.
Pas la plus rentable, mais la meilleure.
Je ne sais pas si ça va se passer exactement comme ça, mais je sais que depuis cette conversation, chaque fois que je regarde mon clavier, je le vois différemment : comme un objet du passé qu'on doit remplacer au plus vite.
Je regarde même les interfaces avec une fatigue profonde, presque un mépris. J’attends un monde plus simple et plus fluide.
Deux heures de discussion sur la voix comme interface, la barrière des langues, l'éducation, l'identité sonore, et comment on construit une boîte de 600 personnes en 4 ans en partant de zéro.
#Bonus : on a passé un cap sur le doublage vocal avec cet épisode. Et la ressemblance avec une vraie conversation en français n'a jamais été aussi troublante, sûrement parce que c'est leur propre CEO et qu'ils avaient énormément de matière audio pour entraîner le modèle. Écoutez la VF, c’est bluffant.
> GDIY : #565 Dimitri Rassam (YAPLUKA) : Le champion européen des blockbusters d’auteurs
Le secteur du cinéma est complexe, opaque et mal compris par beaucoup.
Comment finance-t-on un film ? Qui prend le risque ? Où peut-on vraiment faire de l’argent ?
Dimitri Rassam est l’un des rares producteurs français capables de répondre à toutes ces questions.
Il est derrière Le Comte de Monte-Cristo (9,5 millions d’entrées en France), Les Trois Mousquetaires, Le Petit Prince, Le prénom ou encore Papa ou Maman.
Sa thèse est claire : l’Europe dispose d’un patrimoine culturel immense mais sous-exploité, capable de produire des blockbusters d’auteurs qui n’ont rien à envier aux Américains.
Pour le prouver, Dimitri s’est construit un outil sur mesure : YAPLUKA, sa société de production lancée en 2024 et dotée de 60 millions d’euros de fonds propres. Un studio européen conçu pour faire ce qu’aucun acteur français n’a réussi durablement : s’imposer entre le cinéma d’auteur et les blockbusters américains.
Vous pouvez suivre Dimitri sur LinkedIn et Instagram.
> CCG : #81 Combien ça gagne une auto-école ? — Azzedine Bouzj
Azzedine ouvre tous les tiroirs, sans tabou : le vrai coût de tenir 4 véhicules d'auto-école (assurance, carburant, entretien), pourquoi le forfait « 20 heures » à 1 100 € est un piège que personne ne devrait vendre dans le métier, et à combien revient vraiment un permis en France.
Le taux national de réussite tourne autour de 52 %. Lui atteint 70 %. Il explique aussi comment son compte TikTok a changé toute l'économie de son business, et les fraudes du milieu (achat de codes, permis vendus, inspecteurs corrompus).
Un épisode qui parlera à tous ceux qui n'ont pas encore leur permis, à ceux qui rêvent de monter leur auto-école, et à tous ceux curieux de voir comment un compte TikTok bien géré peut transformer un business hyper local.
> CCG : #82 Combien ça gagne de promener des chiens ? — Romane
100 000 chiens à Paris, soit 2 857 par kilomètre carré — et un chien, ça ne se contente pas de deux sorties de 15 minutes par jour. De ce constat est né un métier venu de Central Park : le dog walking.
À Paris, pas de huit laisses à la main : Romane, dog walkeuse depuis huit ans, embarque ses groupes de 6 à 8 chiens en voiture direction la forêt. Quatre matinées par semaine, 25 à 30 chiens fidèles, une trentaine de clés dans son trousseau.
Elle raconte tout : le vrai coût d'une balade collective, comment elle a bâti son business sans communication, et pourquoi ce secteur en plein essor attire aussi des amateurs non réglementés, payés en cash.
> FLEURONS
Vous avez encore été très nombreux à prendre le temps de découvrir Fleurons cet été pendant vos vacances et vos retours sont dithyrambiques. J'aimerais vous remercier pour l’accueil que vous avez réservé à ce nouveau show lancé en février 2026.
2 épisodes ont particulièrement été appréciés : la saga Hermès et le tout dernier sur l’histoire de Dassault (ce dernier se rapprochant des 50 000 vues sur YouTube alors qu'il y a 4 vidéos sur cette nouvelle chaîne, c'est dingue).
Nous avons enregistré l'épisode 5 avec David et Clémence juste avant les vacances. Il devrait sortir dans les prochaines semaines, nous avons hâte de vous le dévoiler.
> La Martingale : #334 Bitcoin : que change vraiment l'arrivée des institutionnels ? — Alexandre Laizet (Capital B)
Le Bitcoin n'est plus un pari de niche entre particuliers convaincus. Des entreprises cotées en gardent des centaines de millions à leur bilan, des « Bitcoin Treasury Companies » lèvent des fonds rien que pour ça, et les institutionnels s'y mettent sérieusement.
Alexandre Laizet dirige Capital B, première Bitcoin Treasury Company européenne cotée à Paris — l'équivalent local de MicroStrategy, plus de 3 000 BTC au bilan. Il décrypte ce que change vraiment cette institutionnalisation : nouveaux instruments financiers, détention directe versus véhicules cotés, et pourquoi certains parlent déjà de Bitcoin captant 100x sa part actuelle de la richesse mondiale.
Un épisode pour comprendre pourquoi le Bitcoin institutionnel de 2026 n'a plus grand-chose à voir avec celui d'il y a cinq ans.
> Magma Talk #10 — Fabriquer : le pari à contre-courant de 2026
Esther Moisy-Kirschbaum, Head of Content de Magma, reçoit les fondateurs David Nicolas (les box de viande et poisson Féroce Food, vu sur Qui Veut Être Mon Associé) et Bastien Nussbaumer (les lunettes connectées Ontrack) pour parler du lancement de produits réels à l'ère de l'IA.
Rendez-vous lundi 14 septembre à midi sur LinkedIn.
> Recos de la semaine
#Merci Clément : après un an d'alternance chez nous en tant que chargé de production, Clément quitte l'équipe GDIY. Il nous avait envoyé une candidature un peu différente des autres (une vidéo face caméra plutôt qu'une lettre de motivation classique), et il a tenu cette promesse jusqu'au bout : talent à l'image comme au montage, enthousiasme débordant et dévouement de tous les instants. Un an à filmer, monter, courir partout pour que chaque épisode sorte dans les temps. Merci pour tout Clément, et bonne route pour la suite : Vous pouvez regarder sa dernière vidéo ici.
#Garmin : après presque 4 ans avec l'incroyable Epix Gen2 au poignet, je viens de m'upgrader chez Garmin. Je passe à la Fenix 8 Pro : meilleur tracking, ECG (électrocardiogramme), et surtout... la lampe torche intégrée, qui a fait un carton auprès de mon petit dernier :)
#Claude x Strava : ce moment tant attendu est arrivé : toutes les données que je récolte à mon poignet sont désormais connectées à Claude via le MCP Strava. Allez dans « Connecteurs » sur Claude ou ChatGPT et ajoutez « Strava ». Vous avez désormais un coach personnalisé à qui vous pouvez raconter vos repas, vos activités, vos verres, vos blessures... J'attends avec impatience le MCP Garmin pour ajouter mon suivi permanent (pas, poids, sommeil). Mon coach est dur, mais il me connaît par cœur. Il trouve que j'ai trop bu en vacances.
#Task Royale : un lecteur a relevé notre défi « devoirs de vacances x IA ». Fatigué de râler pour les tâches ménagères avec ses enfants, il a fini par créer une app qui les transforme en jeu : chaque corvée rapporte des points, échangeables contre des cadeaux. Sans aucune expérience de dev, juste Codex, Supabase, Vercel et Expo Go, épaulé par un ami développeur, il est allé jusqu'à la publier sur l'App Store, sans accroc. Résultat : ses enfants se disputent pour débarrasser la table. Well done @Philmcnoy
Voir Task Royale sur l'App Store
#Pompiers : nous avons tous été très touchés par la gravité des incendies cet été. Une pensée particulière pour Matéo, notre producteur exécutif, originaire de la région, qui a vu de près l'ampleur du combat mené par les pompiers jour et nuit, ainsi que la détresse de certaines familles durement frappées.
Si vous souhaitez aider concrètement, la mairie du Porge a mis en place une collecte de dons pour les sinistrés. Elle se fait par virement bancaire, pour que l'intégralité de votre don leur soit reversée.
Faire un don pour les sinistrés du Porge
Matt/
* Petite nuance d'historien : les chercheurs contestent aujourd'hui cette version. Le vrai objectif de l'agencement QWERTY était d'espacer les lettres fréquemment tapées ensemble pour éviter que les tiges mécaniques ne se percutent, pas de ralentir la frappe en soi. Mais la légende reste tenace, et pour une fois, elle sert bien mon propos 😉
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