Carnet de route, de Tallinn à Kyiv
Il y a une semaine, nous arrivions dans les pays baltes.
Je vous écris aujourd'hui depuis un train qui me ramène de Kyiv vers la Pologne.
Et entre les deux, quelque chose s'est déplacé en moi que je n'ai pas fini de digérer.
Reprenons dans l'ordre :
Étapes 1 et 2 : Tallinn, puis Vilnius. Estonie, puis Lituanie.
C'étaient pour moi des noms lointains de capitales que j'avais eu du mal à apprendre dans le bon ordre. Avec, tout de même, une petite musique qui montait depuis des années et qui me donnait envie d'aller visiter ces "États numériques".
Et c'est toute la beauté du voyage : on passe de l'impression à la réalité. Pas de clichés, pas d'arrière-pensée. Les faits.
Ces pays nous ont rattrapés à bien des égards. Et c'est une bonne nouvelle.
Ils sont chers, équipés, travailleurs, agiles. Loin, les clichés de pauvreté, d'insécurité, de corruption. Les entreprises que nous avons rencontrées n'ont rien à envier à celles qu'on croise aux États-Unis ou en Chine.
Même ambition, même exécution, souvent plus d'agilité.
Vinted, NordVPN, Hostinger, Veriff : des milliards de valorisation, bâtis à partir de rien, dans des pays d’un à trois millions d'habitants. Sans rente, sans filet, avec un voisin russe sur la frontière.
Le talent, l'Europe sait le produire. C'est la mise à l'échelle qui nous échappe.
Mario Draghi pose le problème sans détour dans son rapport de 2024 : en cinquante ans, l'Europe n'a pas fait émerger une seule entreprise de plus de 100 milliards d'euros partie de rien. Quand six géants américains nés après 1975 ont dépassé 1 000 milliards de valo que cite son rapport ont, eux, tous vu le jour dans cette fenêtre. À partir de rien.
“Et ASML dans tout ça ?”
Plus de 500 milliards d'euros, la plus grosse capitalisation du continent. Sauf qu'elle n'est pas sortie d'un garage : c'est une branche de Philips qui s'en est détaché en 1984.
Philips, fondé en 1891. Notre fierté technologique vient du vieux monde, pas d'une page blanche. La règle tient.
Les autres entreprises baltes que nous avons rencontrées, elles, sont bien parties d'une page blanche. Et beaucoup ont accéléré très fort ces dernières années grâce à, ou plutôt à cause de la guerre. Ou en tout cas de la menace.
Étape 3 : Kyiv (plus jamais de « Kiev » : garder ce nom, c'est garder la carte du conquérant)
Ici, on prend une claque.
Les gens travaillent tranquillement, une sirène retentit. On descend à l'abri, on remonte, on retourne bosser. On boit un Spritz, une sirène de nouveau, le jour, la nuit. On tient.
Normalement. Le dynamisme et la résilience à leur paroxysme, au sens propre.
Et nous étions dans des jours relativement "calmes". Peu de Shaheds, pas de missiles balistiques comme quelques jours avant.
Je me garderai des conclusions trop rapides, nous sommes encore en plein dedans, nous n'avons rien digéré.
Je voudrais juste vous partager ce sentiment, cette impression : j'ai été frappé par la naïveté de l'Europe.
Cette naïveté dans laquelle nous nous sommes drapés depuis des décennies, la naïveté d'un monde en paix qui aujourd'hui nous met clairement dans une position de faiblesse.
Nous nous étions raconté une histoire : que la paix était devenue l'état naturel du monde.
Mais il suffit de décisions unilatérales absurdes pour que tout change.
Un bouton appuyé au Kremlin, une humiliation à la maison Blanche, et bim.
On se retrouve seuls.
À envoyer tous les hommes de 25 à 60 ans sur le front. Et beaucoup de femmes volontaires également.
Cela m'a d'abord mis en colère.
Et désormais je me pose la question de ce que ça aurait changé. Plus de sous-marins, de tanks de missiles et de porte-avions ?
Alors qu'ici ce sont des drones allant de 1000 à 100.000 euros qui font la loi. Sur le ciel, sur terre, et de plus en plus sur et sous les mers.
La dissuasion aurait été là, et c'est un point névralgique.
Alors oui, il faut les aider. Plus, et plus vite. Pour eux. Mais aussi pour nous, parce que ce qui se joue à leur frontière est notre frontière.
Et « aider » ne suffira pas.
Aider, c'est encore le confort du donateur.
La vraie leçon de ce voyage, c'est qu'il faut redevenir capables. Souverains. Producteurs. Innovants sur nos propres bases. C'est ce que ces pays font, eux, parce qu'ils n'ont pas le choix.
De notre côté, nous sommes devenus trop confortables. C'est ce que dit Draghi quand il parle de notre « lente agonie ».
Il faut être capables d'aller plus vite, de se libérer.
Plus que jamais, l'Europe me semble indispensable. Et à la fois toute cassée.
Nous n'y sommes pas. Mais nous devons nous bouger. Sérieusement. Collectivement.
Le changement, c'est nous et maintenant.
Maintenant direction l’étape 4 : Varsovie, pour découvrir et creuser le bon élève de l'Europe.
Depuis 1974, la France n’a plus voté un seul budget à l’équilibre. 52 ans de déficit. Et un accord tacite pour ne surtout pas en parler.
Édouard Philippe a décidé de le faire, à un an de la présidentielle.
Dans cet échange, il ne promet pas de solutions faciles, il expose les problèmes.
Pourquoi reporter la réforme des retraites touche d'abord les plus modestes. Pourquoi il refuse la taxe Zucman et le retour de l'ISF. Pourquoi la France est le pays de l'OCDE où l'école reproduit le plus les inégalités.
Ce qu'il a appris en transformant Le Havre.
Ce que l'IA va changer, alors qu'il avoue à peine l'utiliser.
#545 - Michel Cymès - Médecin, Animateur - Les Français sont malades de leur mode de vie
#544 - Coline Bertrand - La Rosée - ”La cosmétique c’est l’industrie de la surenchère”
Il a photographié Marlon Brando, le pape, Mitterrand et Mazarine. Il s'est invité à l'intérieur du G8.
Pascal Rostain est une légende vivante du paparazzi. 47 ans de métier.
Il a tout raconté à Clem. Combien valait la photo la plus chère de l'histoire. Pourquoi un scoop ne dure plus que 5 minutes. Et pourquoi "la malchance est une faute professionnelle."
Un épisode dingue, drôle, et un peu hors du temps.
56 ans d'existence. 55 titres majeurs. Et une 2ème Ligue des Champions en 2 ans.
On pense tous connaître le PSG, surtout depuis l’arrivée de QSI en 2011. Mais personne ne connaît vraiment son histoire, la vraie, celle qui commence en 1969.
Des supporters qui sauvent leur club avant même son premier match. Pelé qui passe à deux doigts de signer. Les années de chaos. L'arrivée du Qatar. Et Zlatan, qui ne voulait pas venir.
3h pour tout comprendre. C’est passionnant même si vous n’êtes (malheureusement) pas supporter.
En 2021, les NFT étaient partout. Des collections comme CryptoPunks ou Bored Ape Yacht Club s’échangeaient pour plusieurs centaines de milliers de dollars, tandis que célébrités, investisseurs et particuliers se lançaient dans une frénésie spéculative rarement observée.
Quelques années plus tard, le marché s’est effondré. Pourtant, pour John Karp, entrepreneur, collectionneur et fondateur de NFT Morning, l’histoire est loin d’être terminée. À mon micro, il explique pourquoi la bulle a explosé, ce qui a réellement survécu au krach et pourquoi l’art numérique continue de se développer malgré tout.
Le 3 novembre, je terminais un édito sur le dilemme de l'achat de voiture sans avoir tranché.
Volvo, partenaire de cette newsletter, m'a depuis proposé de regarder de près leur nouveau SUV 100 % électrique, l'EX60.
Je roule déjà en Volvo, donc j'ai regardé sérieusement. Sur les critères qui comptent pour moi, il répond.
Souveraineté européenne : oui.
Empreinte carbone la plus basse de la gamme, matériaux recyclés, énergie renouvelable en usine : oui.
Autonomie de 810 km, recharge de 10 à 80 % en 16 minutes : oui.
Les excuses pour ne pas passer à l'électrique tombent, une par une.
Ce n'est pas une réponse parfaite, aucune ne l'est. Mais c'est la première fois depuis longtemps qu'une voiture électrique européenne répond sérieusement aux objections que j'avais listées. Sans me demander de fermer les yeux sur quelque chose.
Si vous étiez dans ce dilemme avec moi, c'est le moment d'aller voir la nouvelle Volvo EX60.
Les employeurs sont désormais ensevelis sous les CV générés par l’IA. Voilà ce que titrait récemment le New York Times. Pas étonnant : les candidats peuvent désormais générer des CV ultra-adaptés à chaque offre, et pour les plus malins, utiliser des agents capables de postuler at scale.
Face à cette nouvelle donne, le marché mondial des logiciels de recrutement, valorisé à $3,6 Mds en 2025, devrait atteindre $5,5 Mds d’ici 2031. Traditionnellement cantonnés à la gestion administrative et au suivi de processus, les ATS (Applicant Tracking Systems) opèrent leur propre révolution et deviennent des moteurs d'analyse capables d'absorber ces volumes et de structurer des workflows complexes.
Des ATS qui ajoutent une vraie couche d'auditabilité (L’AI Act européen classe certains usages RH comme “haut risque”) à la vérification des compétences réelles, le sujet est à lire dans Magma cette semaine : https://bit.ly/MS-lkd
#Voxe : Je passe mon temps à interviewer des gens qui construisent des choses qui comptent. La newsletter Voxe, c'est un peu ça, mais pour l'actu du quotidien. Simple et directe, c'est une newsletter gratuite qui se lit en 5 mins/jour sans vous plomber pour la journée. 120 000 personnes la lisent chaque matin avec leur café pour comprendre le monde qui nous entoure sans se prendre la tête. Abonnez-vous gratuitement ici.
#Docu : Dans l’avion pour Tallinn, j’ai commencé la série “Rafa” et j’ai accroché dès le 1er épisode. Quelques jours plus tôt, j’avais regardé “Le Bus” sur le fiasco des Bleus en 2010. Deux documentaires que tout oppose : d’un côté un champion qui se bat contre ses blessures et ses doutes, de l’autre une équipe de stars qui implose sous nos yeux. Pourtant, les deux parlent exactement de la même chose : ce qui se passe quand la pression devient immense. J’ai été complètement embarqué par les deux et je vous les recommande vivement.
#NewKidDay : Vous n’aviez pas imaginé VivaTech comme activité du samedi avec vos enfants? Ça va peut-être changer : samedi 20 juin a lieu le premier événement « NewKid Days » à VivaTech, dédié aux enfants et à l’IA. Il y aura des tables rondes discussions et ateliers pour vous et vos enfants. La fondatrice d’Alpha School sera là en guest. Inscrivez-vous ici : https://luma.com/3o73j5u2
#GDIYShop : En huit ans à rencontrer les meilleurs entrepreneurs, certains nous ont marqués autant par leur parcours que par ce qu'ils fabriquent. On a lancé un shop avec une poignée de marques qu'on utilise et qu’on adore : en tournage, en déplacement, au quotidien. Que des produits testés sur le terrain pendant des mois, fabriqués par des gens qu'on connaît de l'intérieur.
Chaque achat se fait directement sur le site de la marque, on ne touche rien sur les ventes. Juste des produits utiles, durables et les plus cools possible. Le shop est en ligne ici.
Matt/
PS : je documente le reste du voyage en direct sur Instagram @mattintouch @clemencelpc @chrisciminelli @wandaxel @augustin.chnrd
Encore une semaine de tournage : comprendre, témoigner, chercher des débuts de solutions.
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