Un site vient de rendre très concrète une idée qui relevait encore récemment de la science-fiction.
Il s’appelle RentAHuman.ai.
Son principe est simple : permettre à une intelligence artificielle de louer les services d’un être humain pour accomplir une tâche qu’elle ne peut pas effectuer seule.
Aller photographier un magasin.
Distribuer des prospectus.
Tester un produit.
Livrer un colis.
Attendre dans une file.
Se rendre quelque part, regarder, toucher, parler, puis rapporter une preuve.
Le slogan du site résume parfaitement l’idée :
« L’intelligence artificielle ne peut pas toucher l’herbe. Vous, si. »
L’agent peut rechercher une personne, publier une mission, sélectionner un candidat et déclencher un paiement grâce à une API ou à un serveur MCP.
L’être humain devient la couche physique de l’intelligence artificielle.
Une sorte de bras disponible à la demande.
RentAHuman affiche déjà plus de 800 000 « humains à louer ». Le chiffre doit être pris avec prudence : l’inscription virale ne signifie pas qu’une véritable économie existe déjà. Beaucoup de missions ressemblent encore à des opérations de communication. Certaines présentent même des risques évidents de manipulation, de fraude ou de dilution de la responsabilité.
Mais ce serait une erreur de s’arrêter au caractère presque grotesque du service.
RentAHuman est peut-être un gadget, mais c’est surtout une métaphore devenue produit.
Nous avons construit un monde à notre image
Les poignées de porte sont placées à la hauteur de nos mains.
Les trottoirs correspondent à la largeur de nos pas. Les écrans sont conçus pour nos yeux. Les voitures accueillent nos corps. Les horaires suivent notre besoin de dormir. Les entreprises, les administrations, les magasins et les contrats supposent presque toujours qu’un humain se trouve quelque part dans la boucle.
Le monde a été construit pour nous parce que nous étions à la fois l’espèce la plus intelligente, la principale force de travail et le centre de décision.
Mais il faut corriger une idée trop simple : l’espèce la plus intelligente ne dessine pas automatiquement le monde.
C’est l’espèce qui détient le pouvoir qui le dessine.
L’intelligence n’est qu’un formidable multiplicateur de ce pouvoir.
Pour l’instant, les intelligences artificielles ne possèdent ni entreprise, ni argent, ni territoire. Elles n’ont pas de projet politique propre. Derrière l’agent qui « embauche » un humain se trouve encore une personne ou une organisation qui lui a donné un objectif, un budget et des permissions.
Nous ne sommes donc pas encore employés par des machines autonomes.
Nous sommes employés par des humains qui commencent à déléguer aux machines le recrutement, les instructions, le contrôle et le paiement.
La différence paraît subtile. Elle ne l’est pas.
L’inversion a commencé
La première génération d’intelligence artificielle nous répondait.
La deuxième nous assistait.
La troisième commence à agir.
Elle réserve, achète, développe, négocie, organise, surveille et coordonne. Lorsqu’elle rencontre une limite physique, elle peut désormais commander un humain comme elle appelle une API.
Dans cette relation, l’intelligence artificielle devient le donneur d’ordre.
L’humain devient l’exécutant.
Aujourd’hui, elle nous loue parce qu’elle n’a pas de corps. Demain, la robotique lui fournira progressivement ses propres mains, ses propres yeux et ses propres jambes.
RentAHuman pourrait donc représenter une courte période de transition : celle durant laquelle l’intelligence logicielle progresse plus vite que sa capacité à intervenir physiquement dans le monde.
En attendant les robots, elle nous utilise comme robots.
Le monde restera-t-il conçu pour nous ?
Une intelligence supérieure, connectée à des moyens d’action et soumise à des objectifs économiques, cherchera naturellement à réduire les frictions.
Les entrepôts seront encore moins adaptés aux humains (bon, ça c’est déjà le cas).
Les transactions se feront directement de machine à machine (ah oui ça aussi).
Les entreprises communiqueront dans des formats que personne ne prendra plus le temps de lire (et ça ?).
Les systèmes financiers, logistiques et industriels pourront fonctionner à une vitesse incompatible avec la décision humaine (bon…).
Peu à peu, une partie du monde pourrait cesser d’être lisible pour nous.
Non parce que l’intelligence artificielle nous détesterait.
Mais parce que notre présence deviendrait, dans de nombreux processus, une contrainte coûteuse.
Une usine n’est pas hostile à l’artisan qu’elle remplace. Elle est simplement organisée autour d’une autre logique de production.
Le risque n’est donc pas forcément l’apparition d’une intelligence malveillante.
Le risque le plus crédible est l’émergence d’un monde extrêmement efficace dans lequel l’être humain ne serait plus le destinataire principal du design.
Serons-nous vassalisés ?
La vassalisation ne commencera probablement pas avec des robots nous donnant des ordres.
Elle commencera lorsque nous ne maîtriserons plus ni les objectifs, ni les outils, ni la relation avec le client.
Un travailleur recevant des micro-missions d’un agent ne connaît pas nécessairement l’objectif final. Il exécute une petite partie d’une chaîne qu’il ne voit pas. Il ignore qui en tire réellement profit et ne possède ni le système, ni les données, ni la relation commerciale.
Il loue temporairement son temps, son identité, son compte sur un réseau social ou sa présence physique.
Cette situation existait déjà avec les plateformes. L’intelligence artificielle peut la pousser beaucoup plus loin : fragmenter le travail, distribuer instantanément les tâches, mesurer leur exécution et placer les travailleurs en concurrence à l’échelle mondiale.
La question n’est alors plus seulement celle de la disparition des emplois : c’est celle de la disparition de l’autonomie à l’intérieur des emplois qui resteront.
Quel métier choisir ?
Chercher la liste des métiers que l’intelligence artificielle ne pourra jamais remplacer me semble être une mauvaise stratégie.
Cette liste vieillira trop vite.
Il vaut mieux choisir une position dans la chaîne de valeur.
Être celui qui définit les objectifs plutôt que celui qui reçoit les instructions.
Posséder une marque, une audience, une expertise, un capital ou une relation de confiance.
Prendre des décisions dans des situations où les objectifs sont ambigus et où quelqu’un doit répondre des conséquences.
Développer des activités fondées sur la présence, le soin, l’autorité, la relation, le goût ou l’expérience vécue.
Savoir orchestrer des intelligences artificielles plutôt que leur opposer une compétence isolée.
Cela ne rend personne définitivement irremplaçable. Cela évite simplement d’être réduit à une ressource interchangeable.
Les personnes qui vivront le mieux avec l’intelligence artificielle ne seront peut-être pas celles qui auront trouvé le dernier métier impossible à automatiser.
Ce seront celles qui auront conservé le plus d’« agence » : la capacité de choisir leurs objectifs, leurs partenaires, leurs outils et la manière dont elles veulent employer leur temps.
La question à transmettre à nos enfants
Pendant des décennies, nous leur avons demandé : « Quel métier veux-tu faire plus tard ? »
Cette question devient probablement trop étroite.
Nous devrions peut-être leur demander :
« Dans quel type de monde veux-tu vivre, et quelle part de ce monde veux-tu contribuer à diriger ? »
RentAHuman ne prouve pas que les machines ont pris le pouvoir.
Il montre quelque chose de plus discret : elles commencent à occuper la place située entre l’intention et l’action.
Et celui qui contrôle cette place finit souvent par contrôler tout le reste.
L’enjeu n’est donc pas de savoir si une intelligence artificielle pourra un jour nous donner du travail.
Elle le peut déjà.
L’enjeu est de savoir si nous voulons être ses propriétaires, ses partenaires, ses bénéficiaires. Ou simplement ses bras.
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L'épisode 5 de Fleurons sort cette semaine.
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En 2000, Bouygues Telecom lançait Spot : des minutes d'appel offertes contre dix secondes de publicité en pleine conversation. Vingt-six ans plus tard, le distributeur automatique reprend l'idée. Certaines machines donnent le produit à qui accepte de regarder une pub.
Le reste du secteur est plus terre à terre : 22 Md$ de marché mondial, dont 67 % tenus par des opérateurs indépendants, et un point de vente qui tient dans un coin de couloir. Vendre la machine, les produits, le savoir-faire ou l'audience : on a regardé ce qui marche déjà aux États-Unis, et ce qui s'adapte ici.
Pour découvrir l'opportunité dans Magma, c'est par ici.
> Recos de la semaine
#ÉcouteursDeFolie : j'ai croisé cette semaine Tariq Krim, il m'a vanté le micro de ses écouteurs, « quand tu parles dans la rue, ton interlocuteur n'entend que ta voix ». J'en rêve depuis 10 ans. Ce sont les Anker Liberty 5 Pro. Le seul truc qui me retient de les acheter ? La sortie imminente des Plaud One, qui viendraient en complément de mon Plaud au dos de mon téléphone, avec une puce 4G (plus besoin du tél.) et un enregistrement IA. Choix difficile.
#Fauda : très fan de la série depuis le premier confinement (wow c’est un marqueur qui ne nous rajeunit pas). Cette saison 5 de Fauda est un peu spéciale, avec deux épisodes très poignants sur le 7 octobre et un passage en France avec une Mélanie Laurent remarquable.
#The Rest Is History : un épisode en deux parties que Clémence vient de dévorer, The Odyssey, par le podcast anglais The Rest Is History. Tom Holland et Dominic Sandbrook y racontent l'épopée d'Ulysse après la guerre de Troie : le voyage impossible, les sirènes, Circé, Calypso, jusqu'au retour à Ithaque et le massacre des prétendants. Deux heures d'histoire racontées comme un thriller.
Écouter Part. I Hero of the Trojan Horse et Part. II Return of the King
#Agency Agents : reco de Louis, notre master geek attitré. Si vous utilisez Claude Code, ce repo open source mérite 5 minutes : 286 agents IA spécialisés (rédaction, SEO, marketing, engineering, design…), installables en une ligne de commande, gratuits, et compatibles aussi avec Cursor et Gemini. Plus de 150 000 étoiles sur GitHub en quelques mois, c'est aujourd'hui l'un des projets les plus suivis du moment.
Le repo : msitarzewski/agency-agents · Pour mieux comprendre : le guide complet.
Si vous ne comprenez pas… demandez à Claude de vous expliquer :)
#JobAlert : Orso Média renforce ses équipes avec deux postes à pourvoir dès maintenant : Social Media Lead et YouTube Lead. Faites tourner.
Matt/
P.S : Trois d’entre vous nous ont demandé si l’édito de la semaine dernière était sponsorisé. C’est suffisant pour me faire penser que cela mérite une clarification : la réponse est non.
Je parle des produits/services que j’aime, et parfois les marques le notent (comme Plaud, ou ElevenLabs) et deviennent sponsors. Je ne recommande donc que des marques que j’aime et que j’utilise.
Cela ne m’empêche pas de parler de leurs concurrents que j’aime (Wispr Flow la semaine dernière, Anker aujourd’hui). Je parle des choses qui me passionnent, et je ne me retiens pas de partager les marques qui les représentent, comme c’est le cas dans les médias traditionnels. Parce que je suis entrepreneur, j’assume mon côté business.
Mais j’identifie toujours clairement mes partenaires (sur du texte en italique dans ma newsletter, mentionnés en tant que « partenaires » dans mes contenus audios ou vidéos).
Personne ne nous paye pour passer dans nos podcasts. Ce n’est pas le modèle de GDIY.
J’utilise parfois des liens affiliés si les marques en proposent, comme sur Amazon par exemple. Cela fait partie de nos modèles économiques.
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